jeudi 24 avril 2008

Chien d'aveugle (1/2)

L’autre jour Maurice a eu le regard attiré par quelque chose d’inhabituel, mais en fait pas si rare. Un aveugle était guidé par un chien. Ce n’était pas un chien de race tel qu’un labrador ou un berger allemand, mais probablement le croisement d’un berger belge et d’un colley. Du colley il avait la tête, c'est-à-dire un museau très fin et allongé, du berger belge il en avait le pelage.

Maurice a lui-même deux chiens et si cela passe complètement inaperçu aux yeux et surtout aux narines des autres voyageurs ou de ses collègues de bureau ou de ses amis, il n’en est pas du tout de même pour les autres chiens. Ces derniers trouvent Maurice très intéressant et ne se gênent pas pour passer en revue ses bas de pantalons. Il a beau expliquer aux personnes qui sont à l’autre bout de la laisse qu’il sait ce que c’est, qu’il a lui-même des chiens, rien à faire, il a toujours l’impression que ça leur déplaît que leur chien fasse des démonstrations de joie à des étrangers.

C’est ainsi que Maurice fut à moitié surpris lorsqu’il sentit quelque chose de froid et humide se glisser dans sa main gauche. Ce contact ne dura qu’une fraction de seconde mais avait probablement permis au chien d’obtenir tous les renseignements qu’il souhaitait. De son côté Maurice avait en une fraction de seconde compris que le chien était entré en contact avec lui.

Amusé par le comportement du chien et pour une fois que quelque chose de différent se présentait dans son quotidien, Maurice décida de les laisser prendre un peu d’avance pour pouvoir les observer. C’est en effet toujours curieux de voir la progression d’un tel attelage, surtout au milieu de la foule pressée et pas forcément toujours très attentive aux individus qui la composent.

Avec le chien il faut pourtant admettre que tout semble différent. Les personnes venant en sens inverse sont probablement plus attentives à un chien qu’à une canne blanche. Les collisions frontales sont ainsi plus aisément évitées. Eprouverait-on plus de scrupules à bousculer un chien que de taper du pied dans la canne d’un aveugle ? C’est à peine croyable de réaliser par moment comment les autres usagers des transports en commun sont isolés dans leur monde. A se demander parfois des deux lequel est l’aveugle. Celui qui a la canne blanche et les lunettes noires ou bien celui qui ne regarde pas là où il met les pieds ?


RER E Haussmann

7 commentaires:

mab a dit…

Bien sûr que l'on, fait plus attention à un chien qu'à une canne blanche, mais au moins on s'en rend compte!

Maurice a dit…

La cane blanche c'est un cygne qui ne trompe pas Mab !

Anne a dit…

Imagine quand j'avais un terre-neuve, à quelles démonstrations de joie je m'offrais dès que je croisais un chien !

C'est amusant, ta conclusion, il y en a une haute comme trois citrouilles à qui je passe ma vie à dire : "Attention ! regarde où tu marches !". Et c'est beaucoup plus compliqué que l'expérience de guidage d'un aveugle qui m'expliquait tout ce qu'il ressentait de notre chemin...

Maurice a dit…

Si tu sentais le terre-neuve Anne, même avec un odorat peu développé je peux repérer ceux qui sentent le fennec !

Fanzesca a dit…

Bonjour, je découvre ton blog et je m'y sens comme chez moi, c'est dire.
Pour répondre à ta question, la réponse est d'une évidence "aveuglante". Il est aisé de constater que celui qui porte les lunettes noires est très ouvert à ceux qui l'entourent contrairement aux "voyants" dont l'aveuglement vient surtout de leur non ouverture du coeur et du regard tourné en permanence vers eux. Ce qui ôte toute faculté de voir plus loin que le bout du nez.
On ne voit bien qu'avec le coeur disait Le Petit Prince

Maurice a dit…

Bien vu Fanzesca ! Je ne m'étais jusqu'à présent jamais mis dans la peau d'un aveugle, mais je comprends fort bien l'ouverture vers les autres que tu mentionnnes.

Maurice a dit…

Bien vu Fanzesca ! Je ne m'étais jusqu'à présent jamais mis dans la peau d'un aveugle, mais je comprends fort bien l'ouverture vers les autres que tu mentionnnes.